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Carnavals comme à Venise !

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Par le biais de manifestations locales en plein essor, les Français redécouvrent le carnaval dans la plus pure tradition vénitienne. Le succès de celui de Corbeil-Essonnes et Soisy-sur-Seine, organisé début avril par l’association Au fil des idées en partenariat avec la MJC Fernand-Léger, témoigne de l’engouement retrouvé pour cette fête traditionnelle.

Derrière le masque blanc orné de pierreries brillent deux yeux maquillés de noir. C’est la seule partie de lui-même que le costumé donne à voir. Tout le reste est caché sous le magnifique costume, les gants, les chaussures, le chapeau la cagoule ou la perruque.
Le mystère est total, même la voix ne laisse rien deviner. Car un costumé (c’est ainsi qu’on appelle le participant au carnaval) ne parle pas. Sous le masque, il n’est ni jeune ni vieux, ni homme ni femme, ni blanc ni noir, ni beau ni laid. Il crée un personnage et endosse une autre identité le temps d’un défilé.

En ce dimanche 5 avril 2009, une foule fascinée et admirative se presse dans le parc du Grand Veneur, à Soisy-sur-Seine. La petite ville essonnienne accueille pour la première fois le carnaval organisé par sa grande voisine, Corbeil-Essonnes. Dans les allées du parc, les costumés déambulent lentement, s’offrant avec une grâce infinie aux objectifs des photographes professionnels et amateurs.

  Une organisation complexe  

180 participants ont présenté plus de 220 costumes (appelés également masques), 6 000 spectateurs, 130 photographes, professionnels et « avertis », 120 bénévoles, les chiffres de cette cinquième édition du carnaval sud-francilien sont impressionnants. Organiser une manifestation de cette ampleur nécessite une grande mobilisation de la part de nombreux acteurs de la ville .  Norma di Sciullo, la présidente de l’association Au fil des idées, à l’origine du projet, raconte : « L’idée d’un carnaval a été lancée en 2001. À l’époque, pour le plaisir, nous avions réalisé cinq costumes vénitiens. Cela nous a donné l’idée un peu folle aux autres de faire autant et nous avons fini par organiser un carnaval à Corbeil. Pour la première édition, en 2003, nous avions 45 masques. En 2009, le succès ne s’est pas démenti, avec plus de 220 costumes venant de toute la France et même de l’étranger ; mais la moitié à été réalisé à Corbeil, dans les ateliers de couture des MJC. » L’investissement des jeunes et des moins jeunes dans la préparation de ces défilés contribue à l’intégration de tous les quartiers de la ville dans l’animation de l’espace urbain. « C’est une manifestation compliquée à gérer », poursuit Norma. « Outre l’organisation en amont, il faut prévoir l’hébergement d’une cinquantaine de participants dans des familles bénévoles, les navettes pour les amener sur le lieu du défilé, les vestiaires pour leur permettre de se costumer. Le financement est également problématique. Malgré les subventions de l’Agglomération Seine-Essonne (10 000 €) et du Conseil Général (3 000 €), la manifestation coûte encore 11 500 € à l’association. Pour couvrir les dépenses, nous travaillons pendant deux ans : animations payantes (entre 120 et 400 €) dans des cercles privés, défilés, expositions.
Martine Chauvel, responsable d’hébergement chez l’habitant pour Soisy sur Seine, aux côtés de Norma, ajoute : « Lorsque nous sommes invités à des carnavals en province, nous veillons à être logés chez l’habitant, et nous pratiquons le covoiturage pour les déplacements.

  Du muguet à la boutonnière  

Au détour d’une allée, loin de ces considérations pécuniaires, déambulent deux costumés, tout de blanc vêtus sur le thème du muguet. Leurs pourpoints de satin blanc et vert sont ornés, avec beaucoup d’humour, de brins de muguet en plastique. « Nous achetons nos tissus et choisissons nos modèles, mais c’est une couturière qui réalise nos costumes », explique Joël. « Les bijoux et accessoires proviennent de brocantes. Quant aux masques, nous les achetons à Venise, puis les peignons nous-mêmes. Nous décorons également nos bottes et nos chapeaux. Nous possédons chacun une vingtaine de costumes. De quoi aller se montrer dans de nombreux carnavals, comme celui de Martigues en septembre, ou bien sûr à Venise », ajoute-t-il, ravi.

  Faire briller les yeux des spectateurs  

Dans ces défilés, une grande importance est accordée à la gestuelle, qui fait d’ailleurs l’objet de stages techniques. Car défiler est un art : chaque costumé évolue avec beaucoup de lenteur et de grâce, en prenant des poses alanguies, selon les codes établis par des siècles de pratique carnavalesque dans les rues de la Sérénissime. Le masque sans expression ajoute au mystère, et tout cela fait partie du décorum. Dans son magnifique costume bleu, Marie-Christine Gratioulet prend la pose devant un groupe de photographes. Le carnaval est entré dans sa vie il y a trois ans, grâce à son ami qui est photographe. « Nous avons un jour fait une projection publique d’un diaporama, à Triel-sur-Seine, dont le thème était le carnaval de Venise. Nous avions invité quelques costumés. L'une d'elles,  a proposé de me prêter un costume pour participer. Le soir même, j'ai dit à mon ami que je voulais m’en faire un pour aller à Venise. C'est ainsi que tout a commencé… ». Plus qu’un passe-temps, le carnaval remplit la vie de Marie-Christine : « Cela me prend beaucoup de temps et d’énergie car je crée tous mes costumes. Une couleur, un tissu, un patron… J’enjolive, je fais quelques croquis. Ce qui me motive ? C’est bien sûr de prendre une autre identité pendant quelques heures, et dispenser un peu de joie et de beauté. Mais avant tout, c’est de voir les yeux des gens, et surtout ceux des enfants, briller de plaisir. »

Après le carnaval « À Corbeil-Essonnes et à Soisy-sur-Seine comme à Venise », les masques ne manquent pas de lieux pour aller défiler et ravir d’autres spectateurs tout au long de l’année : Annecy, Martigues, Remiremont, Paris, Verdun, la Belgique… et bien sûr Venise.



Isabelle Etienne-Bugnot
Journaliste.